Archive for juin, 2010
Yurkievich
La fashion week de l’homme a pris fin hier, je me retrouve à trier les photos. Je quitte la foule et la chaleur pour le silence de mon bureau. Je revis chacun des instants, faisant face à des dizaines de portraits dont la plupart ne sortira pas de mes dossiers. De manière générale je fais peu de photos, je regarde, écoute, me promène, m’assoie et contemple la grande fourmilière prendre vie.
En ce qui concerne les portraits, j’essaie toujours d’anticiper le moment idéal, je ne cherche pas à le provoquer ou à le faire revivre. Même si le garçon ci-dessus était très joyeux, riant avant et après la photo, l’instant saisi et l’image qui en résulte représentent ma vision de lui, mélancolique, presque triste. Qu’importe la réalité, l’important est de la transcender. C’est ce qui me plait dans la photo, le faux-semblant, le mensonge consenti.
Quelques minutes avant le début du défilé, Gaspard Yurkievich s’amuse avec l’objectif, posant devant le trombinoscope.
Merci à vous et bonne journée.
Come What May
J’écris toujours en musique, invariablement, inlassablement. Avant de commencer chaque texte, je regarde fixement la photo qui va l’accompagner. Je la regarde comme on regarde les images d’un livre d’illusions d’optique où l’on voit apparaitre une forme quand on se met à loucher un peu.
Je fais pareil. Je fixe ce visage et j’attends qu’il me parle.
Je fixe une main, un tissu, une jambe, un lieu et j’attends qu’ils me racontent une histoire. Souvent ces photos jouent une toute autre mélodie que celle illustrée dans le sujet. Elles m’emmènent alors vers un poème, un film, une chanson, une peinture ou que sais-je encore. J’aime ce dialogue qui se tisse au-delà de l’image, car c’est à partir de ce moment que je comprends pourquoi elle m’a touché et pourquoi je l’ai choisie.
J’ai pris cette photo dans les très beaux backstages du défilé Cerruti qui se situait dans une des galeries de minéralogie du Jardin des Plantes. Et, concernant ce portrait, j’aimerais savoir quelle histoire il peut bien vous raconter ?!
L’homme Jean-Paul Gaultier
La Fashion Week masculine a commencé pour moi hier matin avec Alexis Mabille, puis Miyake, Junj, Yurkievitch, Gaultier, etc. Elle continue aujourd’hui et ce, jusqu’à dimanche. C’est toujours au moment du premier réveil que je regrette de ne pas faire de sport, les kilomètres et les heures s’accumulent et mon corps proteste un peu. Heureusement les terrasses parisiennes sont inondées de soleil et faire l’école buissonnière devient un plaisir.
Comme d’habitude, je me suis promené dans mon endroit préféré, les backstages, avant d’aller voir le défilé. Voici une série prise lors du défilé Jean-Paul Gaultier d’hier soir. On quitte ici le glamour sensuel des défilés couture pour plonger dans du pur concentré de testostérone. Muscles saillants et huilés, gueules de bad boys et femmes androgynes. Entre ambiguïté sexuelle et ambivalence des corps, Gaultier nous fait voyager à travers le pays de ses fantasmes.
La Fashion Week continue jusqu’à dimanche, j’aurai donc l’occasion de vous montrer encore plein de photos.
Merci et bonne journée à tous !
La beauté du diable
J’aime le hasard de la vie qui crée les rencontres nécessaires aux histoires que l’on aime se raconter. Kamylia est l’héroïne de cette histoire. Elle a quitté le Kazakhstan et vit depuis 2 ans en France, elle n’est pas modèle, elle fait des études d’art, lit Rimbaud et aime passer ses après-midi à se promener dans les couloirs du Louvre. Je l’ai rencontrée par hasard et ce qui m’a de suite fasciné chez elle, c’est son détachement total par rapport à ce qu’elle représente.
Je me pose chaque jour la question de ce qui fait la beauté d’un visage ou d’une attitude. J’essaie de comprendre ce qu’est le charisme, la présence, la beauté des traits, d’un regard, d’une silhouette et je remarque qu’à chaque rencontre, mes certitudes s’écroulent pour mieux se reconstruire.
A vrai dire je ne sais pas si Kamilya est fondamentalement belle, je ne suis même pas sûr que ce qui m’émeut en elle, d’autres le verront, en fait cela n’a aucune importance. Elle s’est imposée à moi comme une évidence, une pure et totale évidence. Pas de pourquoi, de comment, de doute, c’est là et il n’y a rien à faire.
L’histoire de cette série de photos a commencé par une demande d’un très bon ami qui travaille pour Blogbang. Il me proposait de faire quelque chose pour la marque St. Dupont. J’ai tout d’abord refusé car je ne me sentais pas à l’aise avec le projet et aussi pour la raison que je ne souhaite tout simplement pas monétiser mon blog.
Puis j’ai réfléchi, je me suis baladé sur le site web de la marque et j’ai vu ce briquet. (pour info il s’agit du Ligne 2)
Un briquet. Du feu. Une flamme. Paris. Un café. Kamilya – L’équation s’est imposée à moi.
J’ai donc écrit un mail en leur demandant qu’ils m’envoient le briquet, que je voulais faire des photos, que j’avais le modèle, une idée de mise en scène et que je m’occupais du reste. Ce qu’ils firent avec plaisir en me laissant carte blanche.
Je lui ai donné rendez-vous Place des Vosges, il pleut averse, nous marchons sous les arcades et discutons. Il est 11h du matin, le ciel est gris, on se met en terrasse à l’abri et commandons un café. Je sors mon appareil et lui donne le briquet. Je lui demande si elle fume, elle sort des cigarillos de son sac, je lui donne un paquet de cigarettes.
Elle est curieuse et me questionne sur mes peintres préférés, je la questionne sur le Kazakhstan. J’essaie de comprendre l’origine des traits de son visage, ni asiatiques, ni russes, elle me demande si je connais Rimbaud. Je prends quelques photos entre deux gorgées de café, elle ne calcule même pas l’appareil. L’esthétique du désintéressement.
Cette série est une improvisation, comme la plupart des shooting que je fait pour ce site. En ce sens que je ne scénarise pas l’histoire que je vais raconter, elle se déroule sous mes yeux et mon objectif. Je suis seul avec le modèle, maître de rien, la lumière est celle de l’instant et du lieu, ni flash, ni réflecteur, ni rien, donc tout. « Enlevez moi tout, il me restera tout », disait Jean Cocteau.
Elle n’a jamais demandé à voir les photos. Elle ne les verra peut être jamais, je crois même qu’elle s’en fout.
29 comsStéphane Rolland
Dans mon billet précédent, je vous ai fait découvrir les ateliers couture de la maison Stéphane Rolland. Aujourd’hui c’est avec le créateur lui-même que je vous invite à une rencontre. L’homme face à moi est délicat, timide et généreux, j’écoute ses silences avec attention. Il me raconte son parcours et me présente ses créations tandis que je le prends en photo.
A 21 ans la Maison Balenciaga le repère et le nomme Directeur Artistique du prêt-à-porter Homme. A 24 ans, il prend son envol et lance sa ligne de prêt-à-porter Femme. Parallèlement à cela, il crée des costumes pour le cinéma et le théâtre. Puis, à 30 ans, il entre chez Jean-Louis Scherrer, devenant alors le plus jeune Couturier Français sur l’avenue Montaigne. Et enfin en 2008, Stéphane Rolland est admis dans le cercle très fermé des douze maisons de « Haute Couture ».
Les drapés sont cassés, déformés, étirés, la manche s’enroule autour du bras et se déploie en écharpe.
Ces jeux de peintures, d’éclaboussures me fascinent, Stéphane Rolland ayant fait couler la laque et l’or pur sur le radzimir et le gazar.
11 comsAu coeur des ateliers Haute Couture Stéphane Rolland
Voici une nouvelle promenade au cœur d’une des douze maisons de Haute Couture parisiennes. Le rendez vous est donné au 10 avenue George V, juste en face de la maison Givenchy. Je passe la porte cochère, monte le grand escalier et me retrouve au sein de la maison Stéphane Rolland, située précisément dans les anciens bureaux et ateliers de la maison Balenciaga. La pièce où l’on m’accueille se trouve être l’ancien bureau de Cristóbal Balenciaga. L’émotion est là, étirée entre passé et présent. Je m’assois face à Stéphane Rolland et nous commençons à discuter tout en buvant un café. Il est 10h du matin et la douce lumière donne une tonalité particulière à cet instant. A ce moment là je connais encore peu de chose de lui, il me parle, ses cheveux et ses mains accompagnent et ponctuent sa voix posée et rassurante. Il me raconte sa grande et sa petite histoire, les anecdotes qui font la légende et les détails qui font l’homme.
Je vous présente donc aujourd’hui les ateliers couture, Flou et Tailleur où sont réalisées les créations de Stéphane Rolland. Je vous parlerai mercredi plus en détails du créateur à travers des portraits et une promenade autour de ses créations.
La première personne que je rencontre en pénétrant dans l’atelier est le premier d’atelier Tailleur (photo ci-dessus), concentré à poser avec délicatesse le fragile papier d’un patron sur un Stockman.
Puis dans l’atelier Flou, je rencontre Josette, qui vous l’aurez compris est la première d’atelier Flou. Je m’arrête et la regarde, contemple la chorégraphie de ses mains, plissant le tissu et positionnant son aiguille. C’est beau, tout simplement.
14 comsPromenade
J’ai croisé la silhouette de Clémentine au hasard de blogs et de magazines. J’ai aimé son visage, son allure et j’étais à l’époque à la recherche d’un modèle pour un projet, je l’ai donc contactée pour la rencontrer. En la voyant j’ai réalisé à quel point un photographe imprime sa vision sur le modèle car je ne la reconnaissais pas, ou si peu. A travers les photos que j’avais vues d’elle, je m’étais fait une image, des traits, des volumes, une démarche, une voix et en la rencontrant tout a volé en éclats. Chaque parcelle d’elle se dédoublait pour former deux images, l’une réelle et l’autre vue, lue, imaginée.
En regardant les photos que j’ai faites, je remarque sans étonnement que j’ai projeté sur elle ma propre image, je me suis rapproché de mon idée. Ce n’est plus tout à fait elle, c’est elle à travers moi.
20 comsJohn Nollet
Paris, février 2010, 11h du matin. Je suis en train de discuter de tout et de rien avec 3 jeunes filles. Je vois l’une d’elle regarder derrière moi, d’abord elle fronce les sourcils puis ses pupilles se dilatent, un rictus interrogateur se forme à la naissance de ses lèvres et un cri finit par jaillir de sa bouche. Je pense tout d’abord à une crise d’épilepsie, puis le cri devient intelligible. « C’est Jooooooohnnn ! Ahhhhhhh, c’est JOHHHHNNNN !!! » Voici à quelques détails près, comment s’est déroulé ma première rencontre avec John Nollet.
Quelques mois plus tard, j’ai pu prendre cette série de photos. Pour vous résumer en quelques mots, John Nollet est un des coiffeurs les plus réputés de la planète, il est aussi mannequin et voyageur à ses heures. La tendresse qui se dégage de ses yeux et cette gueule éprise de liberté ont embrasé ma curiosité que je n’ai pu satisfaire qu’en le prenant en photo.
Il avait à l’épaule le même appareil que moi, le même objectif aussi, nous avons donc naturellement parlé de cette passion commune. Tandis que je le prenais en photo, il prit le sien et se mit à me photographier à son tour.
Nous finissons par parler cheveux et je lui demandais si sa natte était composée de ses vrais cheveux et il me dit que non, qu’il l’avait proposée à Johnny Depp pour le nouvel opus de Pirate des caraïbes, que celui-ci avait accepté. En attendant il la portait.
Vous pouvez retrouver l’interview en portrait chinois de John Ici.
Un grand merci à vous et bonne journée.























































