Archive for octobre, 2010
Show me who you are
Jean-Paul Gaultier
Il y a des maitres qu’on essaie de suivre toute sa vie. Ce sont des lanternes qui parcourent le chemin, un peu comme les dalles qui s’illuminent au passage de Michael. Des noms me viennent, Avedon, Edward Hopper, Bach, Brando, Jagger, Brel, Deleuze. Une constellation dans laquelle je plonge et où je pioche chaque jour, chaque fois que je prends une photo.
J’avais un prof au beaux arts, Christian Boltanski, qui me disait toujours qu’il fallait être conscient à la fois de ses origines mais aussi de ses filiations. Mes filiations, je viens de les citer, comme un inventaire à la Prévert.
Et vous, quelles sont vos filiations ?
Moulin Rouge
Je n’étais jamais allé au Moulin Rouge auparavant, l’idée même ne m’avait jamais effleuré. Les images d’un Paris fantasmé où se côtoient la Goulue, Toulouse-Lautrec ou Sarah Bernhardt ayant laissé place aux cars de touristes s’empilant tels des caddies devant le moulin.
Mais il faut toujours donner sa chance à l’imaginaire. Quand on m’a fait rentrer dans le Moulin Rouge, que j’ai longé les couloirs étroits et que je me suis retrouvé immergé dans l’effervescence, la chaleur et la sensualité des coulisses, mon regard a changé. Qu’importe ce qui se passe en salle, tout se joue ici, les danseuses et les danseurs, les habilleurs, les techniciens, ça bouge, ça chante, ça hurle, ça vie !
Voici donc quelques images de mon immersion et ma rencontre avec Celina. Vous pouvez retrouver d’autres photos ainsi que l’interview de Monia pour Puretrend, ici !
Merci à tous.
Supplément d’âme
Après avoir passé ma journée d’hier sur un drôle de tournage où je devais être (hélas) devant la camera, j’ai fini ma soirée perdu dans les coulisses du Moulin Rouge pour un reportage photos. Petit je m’amusais à recopier les affiches de Toulouse-Lautrec, alors imaginez le plaisir que j’ai eu à me promener en backstage et faire des photos. Je vous montre ça très bientôt.
Avant cela, voici un autre portrait de Lindsey qui fait suite au billet précédent. Un autre visage presque, des cheveux tressés, tissés, le regard même est différent, l’âme seule est là, identique et fragile.
Merci à tous et bon week-end !
Poupée de marbre
Après m’être plongé dans l’Après-midi d’un faune de Nijinski, suite aux commentaires sur mon article précèdent, me voici maintenant navigant entre statuaire et peinture. J’ai toujours été fasciné par l’œuvre de Rodin et dans ce portrait, Lindsey me fait songer à son sublime Balzac. Navire naufragé, perdu dans une tempête céleste, comme les bateaux de Turner éblouis par leurs propres canons.
J’ai fait ce portrait de Lindsey Wixson chez John Galliano. Lindsey est l’un des mannequins qui actuellement me touche le plus, je lui ai dit, elle n’a pas rougi.
Ô temps ! suspends ton vol
Une phrase de Lamartine qui ramène à ma mémoire les longues heures de classe passées à regarder par la fenêtre. Quand on a 10 ans tous ces mots paraissent idiots et ennuyeux. Puis des années plus tard, on relit ces mêmes poèmes, le sens jaillit par miracle et vient éclairer certaines de nos obscures pensées.
« Ô temps ! suspends ton vol », cette courte phrase arrachée au poème, m’est venu en fixant ce visage qui me fixe à son tour et n’arrête pas de me troubler. Tous ces visages qui sont autant de remparts qui me protègent et me rassurent.
Puis quelqu’un a fait un commentaire en voyant ce portrait : « On dirait qu’il y a deux personnes sur cette photo. » J’ai aimé cette remarque et c’est pour cela que je la partage avec vous. Vos regards me permettront peut-être de mieux comprendre ce qui me trouble dans ce visage.
Caryatide
Quand j’ai fait ce portrait d’Anna Cleveland chez Zac Posen, l’image du visage de Modigliani m’a traversé l’esprit. Puis se sont figés en moi non pas ses fameux portraits peints aux teintes ocres et à la tragique mélancolie, mais ses sculptures et notamment l’une d’elles qui fut mise en vente il y a peu de temps chez Christie’s, La Tête de caryatide.
« Le beau est toujours bizarre. (…) Je dis qu’il contient toujours un peu de bizarrerie, de bizarrerie non voulue, inconsciente, et que c’est cette bizarrerie qui le fait être particulièrement le Beau. » disait Baudelaire. Cette phrase je l’entends depuis que je suis tout enfant, mais je pense que je commence à peine à véritablement la comprendre.
Bonne journée à vous et merci.
Lumières
Parfois l’extrême beauté se suffit à elle même. Plus besoin d’expliquer un concept, de raconter une histoire, d’ajouter des degrés de compréhension, la beauté comme une évidence indépassable. Je ne suis touché par aucune forme de mysticisme, mais parfois un simple visage va au delà et même transcende toute autre représentation, aussi brillante soit-elle. A la façon des icônes orthodoxes que j’accrochais en hauteur dans ma chambre d’étudiant, j’aime parfois que ce soit l’image qui vienne à moi et non pas l’inverse.
14 comsMelencolia
En faisant ce portrait dans les backstages du défilé Galliano, il m’est venu l’image de cette gravure de Dürer qui s’intitule Melencolia. Certains voient dans cette œuvre un autoportrait symbolique de Dürer. J’aime assez l’idée que toutes les créations qu’un artiste peut faire, ne sont finalement jamais rien d’autre que des autoportraits. Sur la photo, la main qui tient le pinceau semble être celle de l’artiste qui vient effleurer la surface de son tableau.
Bonne semaine à tous.
Maxime Simoëns
Un portrait du jeune créateur Maxime Simoëns, que j’ai fait le mois dernier non loin du Jardin des Tuileries. Je l’ai rencontré et j’ai découvert son travail pour la première fois l’année passée au festival de Hyères et depuis je ne cesse de le suivre de près. Plus que précoce, il a déjà travaillé chez Jean-Paul Gaultier à l’accessoire, chez Dior à la broderie et chez Balenciaga avec Nicolas Ghesquière. Un beau parcours, mais son avenir semble encore plus radieux.
Bonne soirée à vous !
Kenzo just for me
Le front row m’a toujours profondément ennuyé. C’est au contact de la matière, de ceux qui travaillent, de celles qui portent les créations, les mannequins, qui rient, hurlent et pleurent, que je m’épanouis. Tout à l’heure, je me suis perdu physiquement et mentalement dans le backstage de Kenzo. J’étais malade de fatigue, il était tard, ma tête tournait et je me suis retrouvé au milieu de ces silhouettes irréelles. Les matières, les couleurs, les filles, la chaleur, je tombais à l’arrêt tout en continuant de photographier. Je me sentais happé par un roman, par un film, par le songe d’un cavalier Mongol. Je ne sais pas si c’est la fièvre, mais je crois bien que j’ai rêvé ces photos.
Comme je le disais tout à l’heure sur mon fil Twitter, l’anecdote sans intérêt du jour c’est que Loïc Prigent m’appelle dorénavant Moïse depuis que je l’ai fait rentrer chez Gaultier alors qu’il était refoulé par un vigile un peu rigide.
Ce billet a été rédigé sous l’influence d’une fièvre très perfide, je vous demande donc d’être indulgent !
Bonne journée à tous.






























