Archive for the 'Les coulisses de la création' Category
Acte.3 Le créateur, Cédric Charlier
Le créateur et son modèle au sein de la maison Cacharel. Dernier acte. Le défilé a lieu dans 3 jours. Cédric Charlier passe de nombreuses heures avec Maud, seul et en silence, regardant ses allées et venues dans les salons baignés de la douce lumière du mois de mars. Maud est le mannequin maison que Cédric a choisi pour sa beauté indépassable. Il ne parle pas, seules ses mains jouent une mystérieuse partition de couture. D’abord ses yeux glissent et analysent les tenues une par une, puis les mains touchent, plient, tirent, déplacent. Il raccourcit un ourlet, allonge une manche, ajuste un tombé, positionne une ceinture. Une fois que tout est en place, Maud traverse à nouveau la pièce et sort, elle se change et revient à nouveau avec une nouvelle tenue et le ballet continue.
Telle une petite souris, je me suis glissé dans les salons de la maison, prenant le temps de ne rien faire, juste regarder cette chorégraphie créative et sensuelle d’un artiste et son modèle.
9 comsActe.2 L’atelier
Voici donc le second acte qui prend place deux jours avant le défilé, dans les ateliers couture de la maison Cacharel. Tout le monde s’affaire, les nuits blanches accumulées commencent à peser, mais les gestes restent précis et délicats.
« Un studio de création sans atelier c’est comme un aveugle sans sa canne… et sans vous nous ne serions rien. »
9 comsJohn Lobb
L’histoire a commencé par un mail que j’ai reçu de la maison John Lobb et qui me disait en substance : « Nous voudrions réaliser un projet avec vous ». Premier contact, premier uppercut. Le sentiment primaire de fierté totale et absolue étant retombé, je commençais à recouvrer mes esprits et réfléchissais à ce qui m’arrivait. J’avais bien sûr entendu parler de cette maison fondée à St James Street à Londres il y a un peu plus de 150 ans et qui pour moi incarne le parfait aboutissement de l’artisanat de luxe, mais je voulais en savoir plus. Pour ce qui est du projet, je vous en parlerai très prochainement !
Avant toute chose, j’ai demandé à découvrir les ateliers de fabrication. J’aime comprendre le processus de fabrication, les différents métiers qui composent la chaine de création et les personnes qui ont fabriqué ces produits. J’assouvissais tout simplement ma curiosité insatiable, être une petite souris et me faufiler partout où je le souhaite.
Voilà comment je me suis retrouvé dans ces ateliers. Comme j’ai pu le faire chez Christian Dior, Van Cleef et d’autres, j’ai pris le temps de contempler ce lieu et les personnes qui y travaillent. Je découvrais cet endroit, lentement et en silence, avec juste le clic de mon appareil photo qui m’accompagnait toujours et le tapotement de mes doigts sur mon Iphone pour prendre des notes.
Pour comprendre un peu les étapes de fabrication d’une chaussure, je vais essayer de vous présenter chacune d’elles. L’histoire de ces chaussures commence avec la « forme », cette sculpture est créée à partir d’une bûche en bois dans laquelle est sculpté le pied du client après avoir pris son empreinte.
Tout doucement la forme du pied apparait. On sculpte, on taille, on lime, on ponce pour aboutir à la forme idéale.
A partir de la forme, sont créées les paires d’essayage. Elles sont en cuir ou en polyuréthane transparent pour permettre de voir la position du pied à l’intérieur.
Isabelle, Karine et Liz sont apprêteuses. Elle assemblent les pièces de cuir.
Une fois l’apprêtage terminé, la semelle est cousue à la main avec une alène et un fil de lin poissé réalisé par l’artisan.
Les muscles se tendent comme le fil. Inlassablement les gestes se répètent, précis et puissants.
24 comsDans les ateliers Van Cleef & Arpels
Valoriser le savoir-faire d’une maison en mettant en avant le talent des artisans qui la font, voici ce que j’essaie de faire au travers de mes incursions dans les ateliers de créations. Je suis une petite souris qui discrètement, essaie de porter un éclairage sur ce monde si particulier des maisons de couture, de joaillerie, de maroquinerie et de la création artisanale en générale. J’explore cet univers à travers les femmes et les hommes, à travers leur talent et leur travail.
Ce que l’on appelle parfois à tort, le monde du luxe est pour moi avant tout le monde de la patience, du temps qui lentement s’écoule, des talents parfois uniques au monde comme certains sertisseurs de chez Van Cleef &Arpels ou hérités de mère en fille comme une brodeuse de chez Jean Paul Gaultier.
Rentrer par la petite porte discrète de l’atelier plutôt que par la porte grandiose du magasin de la place Vendôme, est ce qui me plait avant tout.
Voici mon reportage au coeur de la maison Van Cleef & Arpels.
Mon entrée dans la maison Van Cleef & Arpels s’est donc faite littéralement par une petite porte cachée et dont il m’est totalement interdit de dévoiler l’adresse pour des raisons de sécurité. Je pénétrais dans ce lieu, qui pour moi est l’une des plus belles maisons de joaillerie du monde, comme je rentre dans un lieu saint, avec un respect rempli de questions.
La première rencontre que je faite et celle avec Sophie qui réalise « la maquette » du bijou. Soit une réplique exacte de la pièce en étain et strass.
Strass de différentes tailles pour la réalisation de la maquette.
Ecrin contenant plusieurs maquettes.
La maquette permet de lire les volumes, de compter les pierres, d’estimer le poids d’or nécessaires. Cette étape est très importante dans le cas des commandes spéciales.
Les maquettes attendent avant que les pièces soient réalisées.
Le joaillier désigné par le chef d’atelier doit aller voir Brigitte pour sortir la quantité d’or nécessaire à la réalisation du bijou. Pour se faire, il lui apporte le dessin et la maquette. La vieille boite en métal ci-dessous contient donc tous les métaux précieux nécessaire à la fabrication des bijoux.
Les indispensables échoppes, ces burins qui permettent de graver les métaux ou d’en détacher des copeaux.
Voici l’objet de toutes mes attentions. Cette languette de bois s’appelle la « cheville ». Chaque artisan joaillier à la sienne, modelée et marquée par des années de travail. On peut y lire une vie et l’âme d’un travail. Cet objet m’a fasciné, comme me fascinent les marches d’escaliers usées dans certains lieux anciens.
En voyant toute une série de vieilles machines comme celle ci-dessus, je me suis dit qu’ils les gardaient en souvenir. Mais non, ils utilisent tous les jours chacune d’elles.
Dans l’atelier des artisans joailliers Van Cleef & Arpels.
23 comsDans l’intimité d’Yves Saint Laurent

Voici la troisième et dernière partie de mon petit voyage au cœur de l’exposition Yves Saint Laurent. Il se termine par le lieu le plus intime du créateur, son bureau. Reconstitué à l’identique par sa plus proche équipe, on y retrouve tous les objets intimes du créateur. Il n’y a aucune des sublimes œuvres d’art qu’il collectionnait avec Pierre Bergé, mais des petites babioles sans valeur, souvenirs de voyages, des photos d’amis, des objets de cœur.
Florence Muller
Pour accompagner ces photos, voici le portrait de Florence Muller, historienne de la mode co-commissaire de l’exposition Yves Saint Laurent avec Farid Chenoune. Je l’ai rencontrée pendant la mise en place de l’exposition et elle m’a permis d’éclairer certaines zones d’ombre de la vie de Saint Laurent.

Pour finir cette aventure, je souhaite remercier la rédaction de Puretrend qui m’a permis d’accéder à ce lieu et de faire la rencontre de tous les acteurs de cet évènement, de Pierre Bergé aux conservateurs de la fondation, de Florence Muller à l’équipe technique. Un grand merci à tous.

Dans les coulisses de l’Exposition Yves Saint Laurent

J’ai eu la chance de pouvoir découvrir l’exposition Yves Saint Laurent quelques jours avant son ouverture. J’y suis resté des heures tandis que le soleil se couchait. Je venais de sortir du défilé Dior aux Tuileries et j’ai remonté la place Concorde jusqu’au Petit Palais. J’avais l’esprit en ébullition et à la vue des créations de Saint Laurent, je me suis senti apaisé et serein. Une musique entrainante, la voix de Saint Laurent et des robes à n’en plus finir.

Je me suis assis, j’ai posé mon appareil à coté de moi et je me suis laissé aller à rêver. Les mannequins en plastique prenaient vie et je me retrouvais soudain dans une salle de bal où les élégantes dansaient face à moi.
J’ouvre les yeux et vois Pierre Bergé vérifier les derniers détails de la mise en scène.

Vous pouvez retrouver d’autres photos du reportage sur Puretrend.
Je vais mettre demain en ligne les photos que j’ai faites de la collection. Toutes les créations photographiées comme un défilé immobile. Je vous dis donc à demain et bonne journée !




Loïc Prigent

Ma première rencontre avec Loïc Prigent fut à vrai dire une non-rencontre, puisque je passais des heures à coté de lui, sans même savoir que c’était lui. Ce n’est que quelques mois plus tard, que j’apprenais qu’il s’agissait en effet de lui. Jusque là vous suivez ?
Ma deuxième rencontre avec Loïc fut plus évidente, puisqu’on me l’avait décrit. Décrit oui, car Loïc c’est un peu le loup blanc de la mode, on en parle beaucoup mais on ne le voit jamais. Personnage extrêmement secret et discret, il est donc quasi impossible de trouver des images de lui.
J’ai beaucoup aimé ce personnage, drapé dans les habits de monsieur tout le monde pour mieux se faire oublier dans les coulisses silencieuses des ateliers de créations ou bruyantes et flamboyantes des backstages de défilés. Loïc est une sorte de héros d’une mythologie du quotidien dans un univers extraordinaire.

L’équipe au complet (ils sont deux) dans les backstages du défilé Kris Van Assche.
Pour ceux qui ne connaitraient pas encore ce garçon, vous devez savoir qu’il écrit pour le magazine Vogue et qu’il est l’auteur des plus beaux et intelligents documentaires sur le mode, qui soient. On a beaucoup parlé de lui récemment, concernant sa série de documentaires « Le jour d’avant », une série sur les coulisses des défilés Fendi par Karl Lagerfel, Jean Paul Gaultier, Sonia Rykiel et Proenza Schouler, 24h avant le show. Il est aussi l’auteur de la série « Signé Chanel » et du documentaire « Marc Jacob & Louis Vuitton »
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La danse des mains dans la maison Dior


La broderie
C’est toujours pour moi un plaisir intense et une grande fierté que de rencontrer les personnes qui, dans le silence et la discrétion des ateliers, sont à la base de toutes les créations que j’admire. Depuis quelque temps déjà, une lien très fort s’est tissé entre la maison Dior et moi-même, un lien de confiance et d’échange.
Ce qui me fascine avant tout, c’est le off, le caché, les petites mains patientes et agiles, les premiers d’ateliers qui mettent en forme l’imaginaire du créateur. Tous ceux que l’on ne voit pas, mais qui sans eux, rien n’existerait.

Un croquis de John Galliano
La maison Dior ne me donne rien d’autre qu’une clé magique qui me permet d’ouvrir les portes d’un univers sans fard ni strass, mais incroyablement plus puissant et profond que nombre de lieux sur terre.
J’y avance à pas de velours, avec humilité et patience.


Le temps s’arrête, on ne zappe plus, mais on contemple le lent mouvement des mains et des tissus. Je suis seul, fasciné et immobile, regardant fixement le mouvement précis des doigts. Je ne pense plus à rien, l’émotion ayant pour un temps pris la place de la réflexion.


Je suis ému par la solitude paisible de l’artisan, de la petite main, du créateur. Cette solitude remplie d’imaginaire et cette lenteur baignée de concentration extrême résonne comme un cri de liberté qui bouscule le monde actuel.


Les différentes étapes de création d’une robe de l’atelier flou.

La fabrication d’une veste de l’atelier tailleur.


































































